"L'Heure Bleue1"
Texte de Leïla Simon, critique d’art, 2020
Note de lecture
Rédigé en 2020, le texte de Leïla Simon accompagne un temps d’exploration dans le travail d’Abraham Aronovitch. Il met en lumière une période où la démarche picturale s’élabore autour de préoccupations humanistes, d’une réflexion sur la liberté et d’une attention soutenue portée à la couleur comme vecteur de sens.
À travers l’analyse de la palette, de la composition et du dialogue entre figuration et abstraction, ce texte souligne une peinture en tension, oscillant entre inquiétude diffuse et apaisement. Il éclaire une œuvre en devenir, annonçant les questionnements existentiels et introspectifs développés par la suite dans la série Behind The Obvious.

Texte critique
Abraham Aronovitch commença par me présenter sa démarche avec «Origine d’une Nation». Première peinture qui dévoile et prédit tout le travail à venir. La palette dans les tons de bleus illustre parfaitement ces commencements qu’il soit question de la vie de Moïse ou des prémices picturales de l’artiste.
Les titres ont une fonction importante, ils donnent des clés de compréhension. Il est souvent question des libertés. Liberté d’expression, liberté attaquée, liberté (re)trouvée, liberté restreinte… L’amour est toujours plus ou moins là, à l’instar de l’espoir que l’humanité saura se détourner des chemins dangereux.
Abraham Aronovitch accorde également un intérêt particulier à sa palette de couleurs. Il développe en effet un parallèle entre celle-ci et ses sensations. Le choix et l’assemblage des couleurs participent à la force des tableaux. Elles retranscrivent ce que l’artiste ressent, ce qu’il souhaite partager, car ses peintures matérialisent également ses messages. La surface de la toile est animée par un jeu de vibrations colorées, mais également par la composition formelle qui oscille entre abstraction et figuration. Il joue avec les ombres, les aplats ou encore avec des mouvements contraires. Le sujet semble tantôt se dissoudre dans la matière, tantôt en émerger. Parfois, l’artiste complète ses tableaux avec un élément en volume pour aller encore plus loin dans ses réflexions, dans l’optique d’être au plus près de ce qu’il souhaite articuler.
Selon le thème évoqué, nous sentons une inquiétude diffuse ou à l’inverse une forme d’apaisement. L’œuvre d’Abraham Aronovitch nous installe dans une vision humaniste pleine d’espérance.
1 L’heure bleue est à entendre ici comme présageant de la levée du jour, mais également comme une petite bulle hors du temps, hors du monde (entre la nuit et le jour), une petite bulle de contemplation laissant libre court à l’imaginaire.
Voir également :
— Chris Cyrille, critique d'art, "Comment figurer ton visage ?"
— Francesca Biagi-Chai, psychoanalyst, "Un Art qui Pro-voque"
